L'Europe, Littérature française

De pierre et d’os

Bérengère Cournut

« Je sais que cet enfant vient de loin et qu’il a encore du chemin à faire pour arriver jusqu’a nous. Je lui laisse tout son temps et, la nuit, j’écoute le bruit de ses pas délicats sur la glace. » B. C.
De pierre et d’os, est un chant Inuit magnifique, écrit dans une langue rauque et puissante, poétique. L’auteur depeint un quotidien où la survie est toujours en jeu, où les mythes fondateurs sont puissants. Les esprits régissent le monde des vivants, parfois bienveillants, parfois effrayants. Les rites chamaniques sont des voyages au-delà des terres gelées, des toundras et des banquises… Un roman comme un cristal, pur et transparent, précieux.

Avec une grande sobriété de style qui n’exclut jamais la poésie, Bérengère Cournut nous ouvre un monde, une culture hors temps. Esprits, animaux, humains, plantes, brumes, glaces, chants… Tout semble traversé du même souffle.

L’auteure

Bérengère Cournut est née en 1979. Ses premiers livres exploraient essentiellement des territoires oniriques, où l’eau se mêle à la terre (L’Écorcobaliseur, Attila, 2008), où la plaine fabrique des otaries et des renards (Nanoushkaïa, L’Oie de Cravan, 2009), où la glace se pique à la chaleur du désert (Wendy Ratherfight, L’Oie de Cravan, 2013). D’une autre manière, Bérengère Cournut a poursuivi sa recherche d’une vision alternative du monde : en 2017, avec Née contente à Oraibi (Le Tripode), roman d’immersion sur les plateaux arides d’Arizona, au sein du peuple hop ; en 2019, avec De pierre et d’os (Le Tripode, prix du roman Fnac), roman empreint à la fois de douceur, d’écologie et de spiritualité, qui nous plonge dans le destin solaire d’une jeune femme eskimo. Elle a bénéficié pour ce roman d’une résidence d’écriture de dix mois au sein des bibliothèques du Muséum national d’Histoire naturelle. Entretemps, un court roman épistolaire lui est venu, Par-delà nos corps, paru en février 2019.

Source : Éditions le Tripode

L’extrait

Quelque chose a changé sur la toundra. La vie est revenue, le vie est réapparue à mes yeux. Je ne suis plus seule. Toute la nature respire du même souffle que moi.

Je me lève et j’appelle ma chienne. Pas de réponse – je commence à faire le tour du lac. Le soleil d’après midi se reflète sur l’eau, les vaguelettes scintillent comme des cristaux de glace. Marchant lentement sur la rive, je croise plusieurs bancs d’alevins. Les ombles auraient-ils frayé plus tôt cette année ? Je ne suis pas sûre de reconnaître leurs larves.

J’arrive bientôt à l’endroit où une petite rivière se jette dans le lac. J’appelle encore Ikasuk, puis commence à remonter le courant, comme les ombles. L’eau est moins profonde qu’aux abords du lac, je traverse la rivière à un endroit où roulent les galets. J’ai l’impression d’entendre les Petites Personnes rire sous mes pas. Elles disent : « C’est par là, c’est par là ! »

P. 25

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